La légende de la cloche d'Atri [Atri / Abruzzo / Italie]

Veröffentlicht am 6. Juli 2023 Themen: Abandon , Animal , Cheval , Chevalier , Cloche , Faim , Jugement , Justice , Maltraitance , Noblesse , Roi | Empereur , Vigne , 160 vues

Palais des ducs d'Acquaviva
Lamberto Zannotti, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
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Source: Guerber, Hélène Adeline / Contes et légendes, tome 2 (2 minutes)
Ort: Palais des ducs d'Acquaviva / Atri / Abruzzo / Italie

Il y avait une fois, en Italie, un bon roi nommé Jean, qui déclara qu'il voulait que tout le monde obtînt justice dans son royaume. Comme il ne pouvait pas écouter toutes les plaintes, en personne, il fit pendre une grande cloche dans une tour de la ville, et fit proclamer que si quelqu'un avait à se plaindre, il n'avait qu'à sonner la cloche, et que le juge viendrait immédiatement sur la place publique pour lui rendre justice.

Les gens d'Atri, enchantés de cette idée, ne se firent pas faute de tirer la corde de la cloche chaque fois qu'ils avaient lieu de se plaindre, et dès que le son de la cloche frappait son oreille, le juge allait sur la place publique, où il jugeait la cause sans plus de délai.

Petit à petit, à force d'être tirée, la corde s'usa et devint si courte qu'on y attacha un bout de vigne pour la rallonger. C'était en été, la chaleur était accablante, la place publique était déserte, tout le monde dormait, quand tout à coup, au milieu de la journée, la cloche commença à sonner. Les habitants de la ville, réveillés en sursaut, se levèrent en disant: "Sûrement, quelque grande injustice a été commise, car la cloche sonne bien fort!"

Quelques minutes après le juge arriva sur la place publique, escorté de la plupart des habitants de la ville, et vit, non pas un homme ou une femme, mais un pauvre cheval bien maigre, qui, faute de mieux, mangeait les feuilles de la vigne attachée à la corde de la cloche.

Indigné d'avoir été dérangé pour si peu de chose, il demanda avec impatience :
"A qui est ce cheval, et que fait-il ici?"

Alors on lui raconta que le cheval appartenait à un grand seigneur des environs, qu'il avait été beau et fringant dans le temps, qu'il avait porté son maître dans bien des batailles, et que plus d'une fois il lui avait sauvé la vie par la rapidité de sa course. Mais, petit à petit, le coursier fringant était devenu vieux, et comme son maître était très avare, il avait donné ordre de le mettre à la porte, afin qu'il pût paître le long des chemins et sous les arbres.

Le pauvre cheval, vieux et boîteux, avait erré ainsi pendant bien des jours sans trouver assez de nourriture pour satisfaire à sa faim, et en arrivant enfin à la ville, il s'était arrêté pour manger les feuilles de vigne.

Le juge, dont la mauvaise humeur était entièrement dissipée, fit venir le maître du cheval, et après l'avoir bien interrogé, il découvrit que tout ce qu'on lui avait dit était parfaitement vrai. Alors il déclara que puisque le cheval avait fidèlement servi son maître tant qu'il en avait eu la force, le maître serait forcé, par la loi, de le nourrir et de le loger convenablement, aussi longtemps qu'il vivrait, et de le traiter avec le plus grand respect.

Les habitants de la ville reçurent ce décret avec des exclamations de joie, et déclarèrent que leur cloche était supérieure à toutes les autres, vu que même les animaux pouvaient obtenir justice et faire appel contre la cruauté de leurs maîtres. Quant au cheval, il fut reconduit en triomphe à son écurie, où son maître fut obligé de lui donner la meilleure place, et où il eut tout plein de foin et d'avoine tant qu'il vécut.

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Verfügbare Sprachen: English Français Deutsch
Source: Frary, Marie Hariette / The sunken city, and other stories (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Ort: Palais des ducs d'Acquaviva / Atri / Abruzzo / Italie

Dans les temps anciens vivait en Italie un roi au cœur généreux.
Il s’attristait de tous les malheurs qui frappaient son peuple et faisait tout son possible pour rendre ses sujets heureux.
En raison de sa bonté, le peuple l’appelait le bon roi Jean.

— Je souhaite que tous mes sujets soient justes, déclara le roi.
Et je veux que chacun soit traité avec justice.

Tous ses sujets n’étaient cependant pas aussi bons que le roi Jean lui-même.
Beaucoup causaient du tort à leurs voisins, qui venaient alors se plaindre auprès du bon souverain.

— Je vais faire installer une grande cloche sur la place du marché, déclara finalement le roi.
Que toute personne victime d’une injustice la fasse sonner.
Justice lui sera rendue.

Le roi fit donc installer sur la place du marché une grande cloche que chacun pouvait faire sonner.
Il nomma ensuite un bon juge chargé de réparer les torts subis par les habitants.

Au cours des années qui suivirent, de nombreuses personnes firent sonner la cloche.
Toutes obtinrent justice et repartirent satisfaites.
On utilisa si souvent la cloche que sa corde s’usa peu à peu.
Elle finit par devenir si courte que beaucoup de gens ne pouvaient plus l’atteindre.
Quelqu’un attacha alors un morceau de vigne à son extrémité.

Or, il vivait à Atri un vieux chevalier.
Dans sa jeunesse, il avait passionnément aimé la chasse et possédé de nombreux chevaux et chiens.
Désormais trop âgé pour chasser, il avait vendu tous ses chevaux, à l’exception de celui qu’il avait préféré entre tous.

Avec le temps, le vieux chevalier en vint à ne plus penser qu’à l’argent.
Il désirait devenir extrêmement riche.

— À quoi bon garder cet unique cheval ? se demanda-t-il.
Il ne fait rien d’autre que manger et dormir.
Son entretien me coûte beaucoup trop cher.
Je vais le chasser et le laisser se débrouiller seul.

Le fidèle vieux cheval fut donc abandonné dans la rue.
C’était un été chaud et sec, et l’on ne trouvait que très peu d’herbe.
Sous un soleil brûlant, le cheval errait çà et là, grappillant quelques bouchées partout où il le pouvait.

Au cours de ses errances, il finit par atteindre la place du marché.
Il aperçut la branche de vigne suspendue à la corde de la cloche.

— Ces feuilles valent mieux que rien, songea-t-il, même si elles sont desséchées.

Il se mit à tirer sur les feuilles flétries.
Dès la première traction, la grande cloche se mit à sonner bruyamment.
Le pauvre cheval était si affamé qu’il ne prêta aucune attention au vacarme.
Il continua à manger, et la cloche sonna de plus en plus fort.

Le juge entendit le tintement et se demanda qui pouvait actionner la cloche avec une telle insistance.
Il revêtit sa robe et se hâta vers la place du marché.

Il fut extrêmement surpris lorsqu’il découvrit qui avait fait sonner la cloche.
Il éprouva néanmoins une profonde compassion pour la pauvre créature.

— Même cet animal privé de parole, murmura-t-il, aura droit à la justice.
Voici le cheval du chevalier d’Atri.

En quelques minutes, une foule nombreuse se rassembla.
Les habitants racontèrent au juge l’histoire du vieux cheval.
Leurs récits ne concordaient toutefois pas tous.
Le juge décida donc de faire comparaître le chevalier en personne.

Le vieux chevalier au cœur insensible déclara que l’animal ne lui était plus d’aucune utilité et qu’il ne pouvait plus s’en occuper.
Son entretien coûtait beaucoup trop cher.

— N’a-t-il pas toujours accompli son devoir envers vous ? demanda le juge.
A-t-il jamais refusé de vous porter à la chasse ou de vous ramener sain et sauf dans votre demeure ?

Le vieux chevalier dut reconnaître que son cheval lui avait toujours été fidèle.
— La loi décide donc, proclama le juge, que vous devrez lui fournir un abri et de la nourriture aussi longtemps qu’il vivra.

En entendant ce jugement, tous les habitants applaudirent et poussèrent de grands cris de joie.

Le vieux chevalier ordonna à son serviteur de reconduire le cheval à l’écurie.
La foule les suivit en acclamant le jugement, heureuse de constater que même un animal incapable de parler pouvait obtenir justice.

La renommée de la cloche d’Atri se répandit dans toute l’Italie.

Aujourd’hui, les hommes ne savent presque plus rien des autres actions accomplies par le bon roi Jean.
Ils se souviennent simplement de lui comme du roi qui fit installer à Atri la cloche de la justice.


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